05 octobre 2007

Mon coeur de maman s'est agrandi pour la deuxième fois

    Lorsqu’on a mis un enfant au monde une première fois, on croit avoir atteint le summum, jamais je n’aurais pensé pouvoir ressentir plus d’amour et de fierté que ce jour là où Elsa est venue au monde. . . et pourtant !

   Ma Lucie, mon petit ange tout doux … tu as fait du 31 juillet une date mémorable, tu as fait de ce jour d’été un jour unique aux yeux de tes parents …

   Pour parler de ta naissance, il faut d’abord parler de ta conception mon amour, ton papa et moi avons décidé de te mettre en route un vendredi … tout en gardant dans un coin de notre tête le parcours semé d’embûches qui nous a mené à ta grande sœur … tu étais déjà bien pressée de nous rejoindre jolie poupée puisque le mardi suivant tu élisais domicile dans mon ventre et ce pour 9 longs mois … 9 merveilleux mois de symbiose entre nous deux, décidément je ne serais jamais plus épanouie qu’avec le fruit de ma chair dans mon ventre … 9 mois de questionnement aussi, tu dois t’en souvenir toi de toutes ces questions que je me posais en secret… des questions par rapport à ta sœur, à ta place dans notre famille, à mon rôle de maman de deux enfants … ton arrivée sur terre a enlevé tous les doutes, j’ai eu une révélation, LA révélation, celle qui vous vous chamboule à jamais, celle qui fait de vous une personne nouvelle …

  Depuis début juillet, je fais régulièrement ce qu’on appelle du faux travail … c’est pas joli ça comme expression, n’est-ce pas ? moi, je sais intimement que ce travail n’est pas faux car il me prépare psychologiquement et physiquement à ton arrivée parmi nous … tous les jours, pendant des semaines, inlassablement, je contracte des heures durant … mais toujours pas assez pour déclencher le travail, celui qu’on appelle le vrai travail …

   Et ce lundi 31 juillet 2006, à 7h30 précisément, je suis réveillée par une contraction différente des autres, pas beaucoup plus forte des autres, non, juste différente parce que je sais au plus profond de moi que c’est la première d’une longue série jusqu’à cette rencontre tant attendue avec toi, ma jolie …

  A 7h31, Elsa pousse un grand cri puis se rendort illico … peut-être sait-elle, elle aussi, ce qui va se passer aujourd’hui ?? cette idée ma plait bien …

  Je reste au lit un petit peu en guettant le réveil afin de voir à quelle fréquence vont arriver les prochaines … elles ne se font pas trop attendre puisque toutes les 10 minutes je sens mon utérus se durcir … entre deux je te sens gigoter, je souris en t’imaginant faisant tes cartons, comme on fait lorsque l’on quitte un endroit pour toujours … je sais qu’on est encore loin du but mais je suis euphorique !

   Dès mon lever je vais sur internet dire ce qu’il en est à mes copines janviettes qui m’ont si bien accompagnée au cours de cette grossesse à rebondissements … les contractions sont régulières mais tout à fait supportables, je sais que le pire et le meilleur restent à venir …

   Elsa se réveille, la journée démarre comme toutes les autres, comme si de rien n’était …à la différence près que je m’appuie sur tout ce que je trouve en soufflant environ toutes les 10 minutes !

   Vers 10h, avec des contractions régulières et une intime conviction, je demande à ton papa de me conduire à la maternité pour faire le point, juste pour savoir si c’est bien le travail qui démarre et où nous en sommes. On appelle mamie pour garder Elsa et on file …

   10h30 : arrivée à la maternité, on est accueilli par une sage femme d’un certain âge, très froide au premier contact et assez directive … j’espère vraiment ne pas avoir à accoucher avec un mur de prison … après un monitoring d’une demie heure où apparaisse quelques contractions et un examen qui révèle un col ouvert à 2 doigts, la sage femme me renvoie chez moi : «  Ca peut être pour aujourd’hui comme pour demain comme pour la semaine prochaine » … Merci madame mais moi je sais très bien que c’est pour aujourd’hui, pensais-je en souriant … c’est pas grave je suis pas mécontente de pouvoir faire une partie du travail chez moi, c’est ce dont j’avais envie, être libre de pouvoir gérer mes contractions comme je le voulais, dans mon cocon familial, tout en continuant mon train-train quotidien …

   C’est d’ailleurs ce qui s’est passé toute la journée, je fais à manger, je joue avec Elsa, je vais sur internet …  toutes les 8 minutes je suis interrompue par une contraction mais ça ne m’empêche pas de me sentir bien et détendue. Papa est là, il vaque à ses occupations tout en me surveillant du coin de l’œil, je suis heureuse de le voir comme ça, aussi zen que moi …

   Dans l’après midi je reçois la visite de ta mamie et tata Sylvie … ça fait du bien de voir des têtes connues, de pouvoir parler de ce que je vis avec des gens que j’aime, c’est tellement intime tout cela, que cela rassure de pouvoir mettre des mots sur ses sensation en direct… rien à voir avec mon premier accouchement où j’étais déjà sur la table à subir ma douleur, à ne plus vivre que par elle … la position 4 pattes devient vite LA position qui me soulage … d’ailleurs cela amuse beaucoup ta grande soeur qui vient me taper sur les fesses en disant « maman fofolle », ça a le mérite de me faire sourire ! Quelle chipie ! j’ai vraiment hâte de vous voir ensemble, de voir naître la complicité, de vous regarder jouer, vous chamailler … tous ces instants qui font de magnifiques souvenirs pour la vie entière … les contractions sont toujours espacées de 8 minutes mais qu’est-ce que j’ai mal … le fait d’être dans mon foyer, avec ma famille me permet de gérer ça très bien et surtout de rester concentrée sur ce qui m’arrive … je ne suis pas en train de souffrir mais en train de mettre mon enfant au monde … je te sens de moins en moins bouger mon ange, je sais que tu te prépares toi aussi au grand saut … bientôt nous ne serons plus un mais deux … j’ai hâte et j’ai peur aussi … ça fait si peu de temps que j’ai réalisé que tu étais là, si peu de temps que je profite enfin de cette grossesse … et déjà il nous faut nous séparer … ainsi va la vie et je sais que de merveilleuses choses nous attendent très bientôt …

   17 h, Véro vient voir où nous en sommes … je commence à vraiment me sentir patraque, barbouillée … j’ai envie de vomir à chaque contraction et c’est là que ton papa me dit qu’il faudrait peut-être y aller, il n’a pas l’air rassuré … les contractions ne sont toujours pas plus rapprochées  mais la douleur devient de plus en plus forte, de plus en plus difficile à contenir … on se prépare, je quitte ma maison et ma grande fille avec un nœud dans l’estomac, je suis si bien ici …

   19h, nous voilà à l’hôpital, une autre sage femme nous accueille, Carole, elle est jeune, douce et très rassurante, elle me fait un toucher vaginal, mon col n’est encore ouvert que de 3 cm … je sens que ça va être long mais je ne me décourage pas , je gère très bien et je me sens en grande forme … on m’installe en chambre, la chambre 204, celle que j’avais pour Elsa, ça plus la crotte de chien dans laquelle j’ai marché en arrivant, avec le pied gauche s’il vous plait, je suis sure que tout va bien se passer !!!!! LOOL …

   Les souvenirs remontent à la surface, je suis rassurée, comme si j’entrais un peu chez moi, dans un terrain connu du moins … les contractions deviennent rapidement plus rapprochées, toutes les 5 minutes je me sens envahie d’une force indescriptible, quelque chose qui me prend tout le bas du ventre, je marche et ça me fait du bien … je fais les 100 pas dans cette chambre … je commence à gémir sur chaque contraction, cette douleur m’envahit de plus en plus, autrefois localisée dans le bas ventre, elle se propage maintenant dans l’ensemble de mon corps, m’empêchant de faire quoi que ce soit lorsqu’elle est là … la respiration m’aide à vivre chaque contraction pleinement, à penser à cette merveilleuse aventure que je vis, à la rencontre qui se profile à l’horizon … mon amour, vivement que je te serre contre moi, vivement que je sente ta peau effleurer la mienne, … chaque contraction me rapproche de mon enfant … j’accueille chacune d’entre elles avec délice, je les vis avec force … la vie n’est pas loin, le but est tout proche.

   21h, papa commence à s’inquiéter, la douleur devient lancinante, transcendante,  les contractions sont là toutes les 3 minutes, ce court répit ne me permet plus de me concentrer sur toi ma princesse … je ne gère plus rien du tout et ton papa prend mon sac et m’emmène au bloc …

  On arrive, Carole m’ouvre la porte et me voyant appuyée contre le mur, elle ne me demande même pas ce qui m’amène. Entre deux contractions on parvient à discuter de ce que je veux, je lui dis que j’aimerais un accouchement le plus naturel possible, mais je ne sais pas si je saurais me passer de la péridurale … toutefois je veux essayer … je sais qu’ils ont une baignoire et je demande si on peut m’y installer … elle fait couler l’eau, pendant ce temps, je gère plus ou moins mes contractions qui sont passées aux 3 minutes …

   21h30, je plonge dans la baignoire … ahhhhhhhhh que c’est bon … le contact de l’eau chaude sur mon ventre me fait un bien fou … les contractions sont toujours aussi fortes mais je parviens à me détendre entre deux et à me recentrer sur l’objectif : ta naissance … je te parle, je te dis que je sais que ce n’est pas facile pour toi non plus, que je suis avec toi, que je t’aime déjà très fort … je suis avec toi sur ce chemin … lorsqu’une contraction arrive je me mets à genoux dans la baignoire et m’appuie sur le bord … tout en broyant la main de papa … puis après la tempête, je me rallonge et me recentre sur toi … que c’est bon de se retrouver, toi, ton papa et moi … là au calme … dans la douceur de l’obscurité … cela va durer comme cela pendant 1 heure … 1 heure de répit avant l’inimaginable … sur une contraction particulièrement douloureuse, je vomis … puis là tout s’accélère, on accourt de partout … aide-soignante, sage-femme … on me sort de l’eau …

   C’est à partir de là que mes souvenirs s’essoufflent … ma tête n’est plus, mon corps n’est plus … je ne suis plus … j’essaie depuis des jours et des jours de mettre des mots sur les 10 minutes qui ont suivi mon retour au bloc mais je ne peux pas … le trop plein de souffrance peut-être, le traumatisme sûrement … des images, des paroles, des flashs voilà ce qui me reste de ces 10 dernières minutes …

   Techniquement, je suis passée d’une ouverture de 4 cm à ta naissance en 3 contractions, 7 minutes exactement … c’est exceptionnel dixit la sage-femme …

   Concrètement … j’ai bien cru mourir … d’ailleurs je crois bien avoir dit que je voulais mourir … ce ne sont que des mots bien sûr mais ils en disent long sur ce que j’ai ressenti à ce moment-là … impossible de décrire la douleur … je crois qu’on aurait pu m’arracher un membre que je n’aurais pas eu aussi mal … j’ai hurlé, hurlé tout ce que je pouvais, j’ai sorti tout ce que j’avais dans mes tripes, je ne tenais plus en place, j’ai failli tombé de la table d’accouchement à maintes reprises, ça m’était égal … je voulais que ça s’arrête … l’anesthésiste était là … démuni devant tant de souffrance il voulait me faire une péridurale … la sage femme essayait de m’en dissuader, elle savait que ça irait très vite et elle savait que je n’en voulais pas au départ … je ne la remercierai jamais assez de m’avoir aidé à tenir bon … voilà … comme d’habitude je n’arrive pas à ressortir le dixième de ce qui s’est passé … le dixième de la tourmente, du chaos qui m’ont envahi à ce moment là … c’était terrifiant …et pourtant … tellement beau … je n’étais plus moi-même, animale, bestiale, je me transformais en machine à donner la vie … première contraction je passe de 4 à 8 cm … deuxième contraction de 8 à 10 … troisième contraction … je hurle que je veux aller à la selle … Gérard me regarde incrédule et me dit « mais … c’est pas possible, c’est pas l’moment » … j’en ris aujourd’hui, sur le moment j’ai failli l’étriper !!! LOOL ! je suis à quatre pattes, on voit la tête de mon ange arriver … on m’ordonne de m’allonger, je ne veux pas, on se met à plusieurs pour me tenir et on m’allonge … je le regrette … amèrement … quoi qu’il en soit, je pousse 1 fois et là

voilà … je la sors moi-même de mon corps … je la tiens déjà alors qu’elle est encore à moitié en moi, à moitié hors de moi, quelle étrange sensation … elle est toute chaude, toute mouillée … je la pose sur moi, elle ne pleure pas, elle a les yeux grands ouverts et elle me regarde … oh mon dieu … comment ai-je pu douter un seul instant de ne pas savoir t’aimer aussi fort que ta sœur … au moment où tes grands yeux ont croisé les miens je me suis sentie envahie d’un amour incommensurable, ce petit être tout neuf, ce petit bout de nous faisait partie de notre famille pour toujours … ma Lucie jolie, je t’aime déjà si fort … je te serre contre mon cœur et jamais je ne voudrais que cet instant là ne s’arrête … tu as fait de moi une nouvelle femme … chaque naissance nous grandit, chaque enfant nous transforme … merci pour ce bonheur immense … merci pour cet amour unique… mon cœur ne cessera jamais de grandir avec vous mes filles …

Posté par lucielsa à 16:28 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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