22 septembre 2007

Un jour d'hiver pas comme les autres ...

Ce mercredi 5 janvier est un jour comme les autres, rien ne présage l’aventure qui nous attend ! Je vaque à mes occupations : lessives, derniers rangements dans la commode de bébé, sieste, Karine me cherche pour récupérer les jouets de Justine chez Olivier, on plaisante sur la date de mon accouchement, le 10 je dis, le 10 c’est la nouvelle lune !!

Je rentre à la maison vers 18h, je me sens barbouillée mais en aucun cas je considère ça comme un signe … je ne le sens vraiment pas pour maintenant. Je m’allonge alors sur le canapé et vers 20h30, je me lève pour aller aux toilettes. Je n’ai pas le temps de faire un pas que je sens un liquide chaud couler le long de mes jambes … et là je n’ai plus aucun doute : je perds les eaux !! Waouh, si je m’attendais à ça … et là, panique à bord, je m’assieds sur les toilettes et je réalise : je vais accoucher, bientôt (si j’avais su ce serait dans presque 24 heures !) Nous rencontrerons cette petite poupée tant désirée, bientôt nous la serrerons contre nous …. Je tremble, d’excitation et de peur à la fois …

Bon, on se calme, Gégé rentre à 21 heures et on avisera … quand il entre dans l’appart, je suis assise au bureau, une serviette éponge sous les fesses, je tremble de tout mon corps et lui dis : « t’es en forme ? Parce qu’on ne va pas beaucoup dormir cette nuit ! ». Monsieur est zen, il sourit et veut encore regarder infosport avant de partir … il est fou ou quoi !!?? moi je veux aller à l’hôpital, je suis trop impatiente …

Et zou! C’est parti … à 21h15, on sonne au bloc … Christelle, une jeune sage-femme nous ouvre, je lui explique et on va en salle d’examen voir si c’est bien les eaux et si le travail a commencé … je suis sur un petit nuage, je me laisse porter, je suis déjà ailleurs … Le verdict de l’examen n’est pas fameux : j’ai bien fissuré la poche mais le col n’a pas bougé depuis le 28 décembre (dernier rend-vous gynéco), col postérieur ouvert à un doigt … il va falloir être patients ! Surtout que les contractions sont présentes sur le monitoring toutes les 10 minutes mais je ne les sens absolument pas ! La coure aux " combien de doigts d’ouverture" est lancée …

A 22 h, nous voilà installés dans la chambre 204 avec comme consigne de revenir vers 0h pour un nouveau contrôle … Je m’allonge sur le lit, Gérard sur le fauteuil et on pique un petit somme.

0h, je sursaute réveillée par une contraction un peu + douloureuse, je surveille ma montre, elles reviennent assez régulièrement … je préfère attendre un peu avant de refaire un contrôle, je sens que le travail ne fait que de commencer !! La douleur est tout à fait gérable, tant que j’arrive à discuter avec Gérard pendant une contraction c’est que ce n’est pas encore très efficace …

2h, les contractions deviennent plus gênantes, pas encore très douloureuses mais gênantes … elles me coupent la respiration et j’ai du mal à me concentrer sur autre chose quand j’en ai une … bon, je suis quand même curieuse, allons voir Christelle pour voir si ça a avancé.

2h45, toucher vaginal avec un col ouvert à 2 doigts … C’est pas folichon mais le travail a bien commencé, ce sera pour aujourd’hui si tout va bien.

3h30, retour en chambre après un monitoring, je m’allonge à nouveau mais pas pour longtemps cette fois-ci …

4h … première contraction qui nécessite que je me lève et que je souffle … je commence à comprendre ce que ça fait une VRAIE contraction (et pourtant ce n’est encore rien !) … de 4h à 7h, je gère les contractions comme je peux … mais je m’en sors bien : je m’appuie sur le lit, je décambre le dos et je souffle … je pense à toi, ma fille, à ces 9 mois passés ensemble, à ce bonheur que je ressens depuis que tu es entrée dans ma vie, à ce qui nous attend … et ça me fait un bien fou … je suis ailleurs, loin de tout et tout près de toi …

7 heures changement de garde chez les sages-femmes, Marielle arrive … une femme d’une quarantaine d’années que je n’ai jamais vue et qui pourtant restera pour moi une rencontre inoubliable. Elle m’examine, mon col est ouvert à 2 doigts larges mais pas encore 3 … pfff, tout ça pour ça … ça commence à faire long … Marielle entend bien ma déception et me propose de revenir la voir vers 10 heures et on avisera.

De 7h à 10 heures, les contractions se font de plus en plus douloureuses, je bouge mon bassin de gauche à droite de droite à gauche pour faire avancer les choses. Je gère la douleur comme une pro, je suis fière de moi et je me sens bien. J’ai mal et je contrôle parfaitement la situation, si c’est ça « accoucher », je me suis vraiment inquiétée pour rien !  (avec le recul, je trouve cette pensée assez drôle !) .

10 heures, comme prévu nous allons voir Marielle, elle m’examine … col ouvert à 3 … là, j’avoue que je suis très déçue, je souffre et pourtant ça n’avance pas ! Dieu que je suis fatiguée … mon gynécologue arrive, discute avec Marielle et ils décident de forcer un peu les choses avec une petite piqûre dans les fesses. Après un monitoring qui montre que la puce se porte bien, nous retournons en chambre … au bout de 30 minutes les contractions deviennent de + en + fortes, plus rien ne me soulage à part la position à 4 pattes … je parle avec Gérard, puis dès qu’une contraction arrive, je lui demande de se taire (je ne supporte même plus le son de sa voix !), je me mets à 4 pattes au sol et je souffle … bientôt tu seras là ma princesse, chaque contraction nous rapproche, je te sens bouger au creux de moi mais plus comme avant, je sens bien que c’est la fin, que tu te prépares pour la rencontre et je suis heureuse de souffrir car c’est le chemin qui me mènera à toi, et la douleur s’efface,  je me relève et discute comme si de rien n’était ! c’est hallucinant !!

13h30, Marielle appelle dans la chambre pour savoir comment ça va ; je lui dis que j’ai mal et que c’est très régulier. Elle me dit que c’est très bien, que c’était l’effet escompté, elle me dit de venir en salle d’accouchement, qu’on va m’installer … Gérard et moi sommes tout excités !!Ca y est le moment tant attendu arrive, les choses sérieuses commencent … Je quitte la chambre ne me disant que la prochaine fois que j’y entrerai je serais maman et plus rien ne sera comme avant …

14 h, installation au bloc, le monitoring n’est pas très rassurant, Elsa commence à fatiguer, à chaque contraction son rythme cardiaque chute … c’est assez effrayant de voir son petit cœur passer de 120 à 70 pulsations/minute … On prend la décision d’accélérer les choses avec une perfusion d’ocytocine et Marielle me propose la péridurale car les contractions vont devenir très fortes et il ne s’agit pas de nous fatiguer encore plus, la puce et moi … alors oui, j’accepte car je commence à ne plus pouvoir gérer, fatigue et angoisse mélangées, et que j’aimerais bien dormir un peu pour être en forme quand ce sera le moment de pousser …

15h, ça y est, l’anesthésiste quitte la salle de travail, je suis bien, je ne sens plus le bas de mon corps, une trêve pendant la bataille, je savoure … et je garde les yeux rivés sur le monitoring, ton cœur continue de baisser un petit peu à chaque fois mais ça va … Gérard va manger un morceau et je m’endors paisiblement … pas si longtemps que ça … au bout d’une heure je commence à ressentir quelque chose du côté gauche de mon ventre … ça tiraille. Je ne m’inquiète pas trop, j’attends mais je ne peux plus dormir, ça commence quand même à être franchement douloureux … et Gérard qui n’ets pas là, et marielle qui est au bout du couloir … puis je commence à gémir, c’est insupportable, j’ai envie de me lever, de bouger … impossible me dit Marielle, je suis clouée sur cette table et je n’ai qu’une possibilité : subir cette douleur que me déchire les entrailles … Gérard reviens, je t’en supplie, je perds pied et j’ai besoin de toi …

16h30, il est là, Marielle est à mes côtés, je sens bien qu’ils sont près de moi … mais moi je ne suis plus là, je suis rentrée au fond de moi-même, je ne vis plus que cette douleur, rien d’autre n’existe plus, j’en oublie même que c’est pour ma fille que je souffre … je n’en peux plus je veux que ça cesse … je me sens comme écartelée, mais c’est quoi cette torture ?? Comment peut-on imaginer une telle douleur, faites quelque chose je sens que je ne gère plus rien du tout, je ne suis plus moi mêmes je ne sens plus rien d’autre que cette douleur atroce, je suis la douleur … Gérard me serre la main à chaque contraction, enfin je lui broie la main à chaque  contraction et ça me soulage un petit peu, je sais qu’il est là et qu’il m’accompagne, on vit chaque contraction à deux et ça me fait du bien de partager un peu de cette douleur … merci d’être là !

17h, Marielle me refait une injection du produit de la péridurale, « ça va aller mieux Aurélia … tu es très courageuse » … je m’en fiche d’être courageuse, faites ce que vous pouvez pour que ça cesse, pour que je retrouve mes esprits si ce n’est que quelques minutes … injection … 15 minutes après, ça ne va toujours pas mieux … pourquoi ? mais pourquoi elle ne veut pas me lâcher cette douleur ? pourquoi j’arrive pas à gérer, pourquoi je ne suis pas capable de supporter … Marielle m’explique que ça arrive parfois, la péridurale ne fonctionne pas … mais pourquoi moi !!!!!!!!! je veux plus accoucher !!!! je me sens comme prise dans un tourbillon, tout tourne autour de moi, je perçois de très très loin les paroles réconfortantes de Marielle, la chaleureuse présence de Gérard, les évènements se précipitent, je vomis, Gérard est là il me tend un récipient, Marielle court chercher l’anesthésiste … Gérard me dira plus tard qu’à ce moment là ils ont eu très peur …

18h l’anesthésiste est là, il m’injecte un produit à base de morphine, au bout de 5 minutes je ne ressens plus aucune douleur, je me sens partir … lasse et soulagée à la fois … j’entends des voix me demander si ça va mieux … je peux à peine répondre … laissez moi apprécier … je suis bien … je suis comme dans une bulle … je me recentre sur ma fille que j’avais un peu oubliée pendant la tempête … je suis bercée par les battements de son cœur … je t’aime Elsa, je ne te sens plus bouger mais je sais que tu es là … avec toi au creux de mon ventre et papa à mes côtés, je me sens forte, on forme une équipe de choc, encore quelques heures à attendre et tu seras là …ce n’est pas le moment de flancher, après tous les obstacles que nous avons rencontrés, nous voilà au bout du chemin qui nous mène vers toi, mon amour … je suis bien, je suis zen … je t’aime Elsa …

19h … après une heure de totale symbiose avec ma fille, me voilà  rappelée à la réalité avec des douleurs dans le haut des cuisses … ça fait mal dis donc mais c’est quoi ça ? Marielle, me fait un toucher vaginal et confirme son idée : le col est presque ouvert à 10 et Elsa a entamé sa descente dans mon bassin … elle est encore coincée par un bourrelet sur le col … ça c’est la théorie … la pratique c’est … une douleur inexprimable, inavouable, inimaginable … ce que j’ai ressenti il y a deux heures de cela n’était rien du tout … je gémis à chaque contraction je ressens le besoin de bouger mon bassin, je ne demande même pas si j’ai le droit de bouger je le fais instinctivement … j’ai l’impression qu’on m’arrache le bassin, je gémis sur chaque contraction … Marielle me propose de me masser les cuisses avec une huile essentielle … qu’elle essaie si elle veut … la douleur est insoutenable … mais Dieu qu’est ce que j’ai fait pour souffrir comme ça !!!! les massages de Marielle me font un bien fou, je la remercie au moins cent fois, je l’aime, elle est ma sauveuse … puis lorsque les contractions reviennent je lui demande d’arrêter, je ne réfléchis plus, je fais ce que mon corps me dicte de faire, je me laisse aller à mon instinct … je lève mon bassin, le bouge de gauche à droite, de bas en haut, d’avant en arrière … Marielle me félicite et me dit que sans le savoir j’aide ma fille à descendre dans mon bassin … ça me soulagerait presque mais cette sensation d’être écartelée de l’intérieur ne me laisse plus aucun répit … Marielle me dit de ne surtout pas me gêner, si j’ai besoin de crier je dois y aller … que n’a-t-elle pas dit ?! Mes gémissements se transforment rapidement en cris puis en hurlements … ça me fait un bien fou … je sors de mon corps, je ne suis plus moi-même, je découvre en moi une violence et une bestialité que je n’aurais jamais imaginées.

19h30, mon col n’est pas encore complètement ouvert mais Marielle me propose de commencer à pousser pour voir ce que ça donne … c’est parti, sur la prochaine contraction, je réunis toutes mes forces et je pousse, je pousse ma fille hors de moi … je la sens descendre … Dieu que c’est bon !! Voyant que ça me soulage et que la poussée est efficace, Marielle me dit qu’on peut continuer … je suis assise sur la table, les fesses au bord et on m’installe une barre sur laquelle je peux tirer pour me soulever …Marielle est à genoux parterre, pieds nus, elle tend ses mains, prête à accueillir notre enfant … à partir de ce moment là, je vis chaque contraction comme un pur bonheur, c’est quasiment jouissif … Marielle st impressionnée par le sourire qui illumine mon visage malgré la force des contractions … je ne sais pas non plus comment je fais pour être si heureuse … je souffre comme je n’ai jamais souffert et pourtant je ressens quelque chose de fabuleux … je suis en train de mettre ma fille au monde … que c’est bon de s’accomplir, de se réaliser … que c’est bon de te sentir avancer sur le chemin de notre rencontre … Elsa ma fille, ma vie … tu n’as jamais été si près de moi … je vis ce que tu vis, je suis toi à ce moment là … la symbiose n’a jamais été aussi parfaite, j’ai l’impression que c’est moi qui descends dans cet étroit passage, au bout du tunnel je vois la lumière … oui, Elsa on y est bientôt …

19h45, la poussée devient de moins en moins efficace, on voit tes cheveux selon Marielle et Gérard mais je n’ai plus de forces … je suis à bout … puis Marielle a une idée de génie, elle me cherche un miroir et me permet de voir ma fille sortir de mon corps … je pousse avec le peu d’énergie que j’ai encore et que vois-je ? un petit crâne chevelu … des cheveux tout noirs et longs d’au moins 4 cm … et là j’éclate de rire, je pleure tellement je suis émerveillée … je trouve en moi une force que je ne me connaissais pas … je pousse, à chaque poussée je te vois arriver … plus je te vois et plus je t’aime … comment est-il possible d’aimer à ce point … au bout de 10 minutes, je vois enfin ta tête hors de moi … tu es là … je regarde ton papa, il n’en revient pas … il secoue la tête et me regarde à son tour … la voilà, la voilà cette petite poupée tant convoitée … il m’encourage, allez, encore un peu et c’est terminé … effectivement, encore une poussée pour les épaules et Elsa est posée sur moi … combien de fois m’étais-je imaginé ce moment … jamais je n’aurais pu imaginer le centième de la force de l’émotion que j’ai ressentie à ce moment là … aucun mot pour décrire cela … Gérard, moi et notre fille, un peu de lui, un peu de moi… me voilà complète, entière, accomplie … je ne serais plus jamais la même … une nouvelle vie nous attend, une vie que tu es venue éclairer ce jeudi 6 janvier 2005, telle une étoile tu es venue nous guider sur le chemin du Bonheur … merci Elsa, merci d’être là, merci d’être toi … je t’aime.

Posté par lucielsa à 15:04 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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